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4 février 2012 - Conseil de sécurité - Syrie
Explication de vote de M. Gérard Araud, représentant permanent de la France auprès des Nations Unies

Monsieur le Président,

C’est avec une grande tristesse et une grande inquiétude que je constate qu’un double véto vient d’être opposé à un projet de résolution sur la Syrie, soutenu par tous les autres membres du Conseil. C’est un triste jour pour ce Conseil, c’est un triste jour pour les Syriens, c’est un triste jour pour tous les amis de la Démocratie.

Et, au-delà des milliers de morts, de blessés, de torturés, d’emprisonnés depuis le début de la répression il y a presque un an, l’histoire vient rajouter à notre honte puisqu’aujourd’hui se trouve être le jour anniversaire du massacre de Hama et le lendemain d’un autre massacre ignoble à Homs. Le père tuait massivement, le fils en fait autant. L’horreur est héréditaire à Damas.

Monsieur le Président,

Cela fait dix mois déjà que nous discutons de la Syrie et ce Conseil n’a pu adopter qu’une simple déclaration présidentielle le 3 août 2011 à cause d’un véto opposé en octobre par la Russie et la Chine à un texte qui était déjà modéré.

Que s’est-il passé depuis plus de 10 mois ?

Plus de 6 000 Syriens sont tombées victimes de la répression. Et encore, qu’en savons-nous vraiment ? Il y a dix jours Mme Pillay, la Haut Commissaire pour les droits de l’Homme, se disait désormais dans l’impossibilité de dénombrer le nombre de victimes de la répression.

Le Secrétaire général des Nations Unies n’a cessé d’appeler ce Conseil à agir pour faire cesser les crimes contre l’humanité qui sont commis en Syrie, et ce Conseil est resté silencieux.

Le Conseil des droits de l’Homme, par trois fois, a fait le constat des responsabilités accablantes du régime syrien, et ce Conseil est resté silencieux.

133 Etats, dans l’enceinte de l’Assemblée générale, ont solennellement condamné ces agissements criminels et appelé à y mettre un terme sans délai, et ce Conseil est resté silencieux.

La Ligue arabe a appelé, dans cette même chambre, il y a trois jours seulement, notre Conseil à soutenir son action face à la surdité du régime syrien. Face également aux risques que cette surdité fait courir à la région toute entière. Le Secrétaire général de la Ligue arabe et le Premier ministre du Qatar, ici même, ont plaidé en faveur d’une solution qui constitue la seule voie crédible vers un règlement pacifique de la crise syrienne. Une résolution, présentée par le Maroc, largement coparrainée au sein du Conseil comme à l’extérieur, jugée consensuelle par la plupart, proposait ce soutien du Conseil aux efforts régionaux. Ni plus ni moins. Et ce Conseil restera silencieux.

Nous ne pouvons pas, nous ne devons pas faire l’économie de ce constat accablant : deux membres permanents du Conseil de sécurité font une obstruction systématique à toute action du Conseil de sécurité. Ils le font en pleine connaissance des conséquences tragiques qu’emportent leurs décisions sur le peuple syrien, ils le font se rendant par là complices de la politique de répression du régime de Damas. Quoiqu’ils disent, ils ont dans les faits pris le parti du régime d’Assad contre le peuple syrien.

Je sais bien quels seront les arguments qu’invoqueront ceux qui aujourd’hui s’opposent à l’action du Conseil. Je les entends déjà clamer que quelques jours de plus auraient suffi à nous mettre d’accord. Quelques jours alors que des centaines de Syriens meurent chaque jour ? Il n’était plus possible d’attendre d’autant que ce projet de résolution représente le plus large consensus de la communauté internationale, en visant à soutenir les efforts des acteurs régionaux pour trouver une solution politique de sortie de crise.

Depuis dix mois, on nous a accusé de chercher à renverser un régime, de préparer une intervention militaire, C’est évidemment faux.

Nous avons répondu abondamment à ces inquiétudes. Ici même, il y a trois jours, nos ministres se sont exprimés pour dire qu’il n’était pas question d’imposer à la Syrie un régime politique. Le projet de résolution, était, sur ce point comme sur celui d’une intervention armée, on ne peut plus clair. Combien de temps avons-nous perdu dans ces arguments de séance ? Ces tergiversations ne sont pas à la hauteur du drame vécu par le peuple syrien.

L’histoire jugera sévèrement les pays qui ont empêché le Conseil d’apporter un soutien aux efforts de la Ligue arabe pour mettre en œuvre son plan. Ce faisant, ils se sont alignés sans scrupule sur un régime qui massacre son peuple. Ce faisant, ils ont décidé que leur présence au Moyen Orient dépendait désormais de l’avenir du régime d’Assad. Cette présence et ce régime auront le même sort.

Je l’ai dit, aujourd’hui, est un jour triste. Mais nous ne nous arrêterons pas là. Nous n’avons pas le droit d’abandonner le peuple syrien à son sort tragique. Je dis aux Syriens que la France continuera à œuvrer dans toutes les instances avec tous les partenaires partageant ses valeurs et l’objectif qui devrait nous réunir : faire cesser le cauchemar syrien. Nous continuerons à travailler avec la Ligue arabe dont le plan reste sur la table même s’il n’a pas été endossé par ce Conseil. Nous continuerons à appuyer l’opposition syrienne pacifique qui s’efforce de se rassembler autour du Conseil national syrien. Nous continuerons à accroître la pression en imposant de nouvelles sanctions de l’Union européenne.

Monsieur le Président,

Mon dernier mot sera pour le peuple syrien qui, avec un courage inouï, ne perd pas de vue l’horizon de sa liberté. Depuis ce Conseil, je veux lui adresser tout le soutien de la France et notre détermination à poursuivre sans relâche notre action. Nous avons essuyé un premier double véto et nous sommes revenus au Conseil. Nous essuyons aujourd’hui un second véto et il ne nous arrêtera pas, au nom des principes qui guident ce Conseil et l’action de l’organisation des Nations Unies. Au nom de notre responsabilité de membre permanent.

Je vous remercie./.



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