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6 août 2013 - Conseil de sécurité - Coopération entre les Nations unies et les organisations régionales et sous-régionales en matière de paix et de sécurité internationales - Intervention de M. Alexis Lamek, chargé d’Affaires a.i de la France auprès des Nations unies

M. Alexis Lamek lors de la séance du Conseil de sécurité sur la coopération entre les Nations unies et les organisations régionales
New York - 6 août 2013 - Franceonu Photo / Marie Afara


Madame la Présidente,

Je vous remercie pour l’organisation de ce débat. Je remercie l’ensemble des ministres et des orateurs qui se sont exprimés jusqu’à présent. Comme mes prédécesseurs, je souhaite la bienvenue à la nouvelle représentante permanente américaine.

La France s’associe au discours que l’Union européenne présentera tout à l’heure. Madame la Présidente,

Je remercie l’Argentine pour l’organisation de ce débat qui permet à ce Conseil d’examiner un sujet essentiel, cher à la France, celui de la contribution des organisations régionales et sous-régionales au maintien de la paix et de la sécurité internationales et à la promotion de l’Etat de droit.

La gravité et le nombre de conflits dans le monde exigent de faire appel à tous les moyens disponibles. Dans ce contexte, la contribution au maintien de la paix et la sécurité des organisations régionales est essentielle. Cette contribution est prévue par le chapitre VIII de la Charte et répond à plusieurs objectifs. Elle permet aux organisations régionales qui agissent sous mandat des Nations unies de bénéficier d’une légitimité forte. En retour, elle permet aux Nations unies de bénéficier de l’expertise et de moyens opérationnels apportés par les organisations régionales.

On a vu un bel exemple au Mali où la coopération entre les Nations unies et les organisations régionales, Union africaine et CEDEAO, a permis de remettre le pays sur la voie d’une sortie de crise.

Je voudrais dans ce contexte évoquer l’Union européenne, qui joue un rôle majeur au sein de la communauté internationale. La paix et la sécurité sont au cœur du projet européen, lancé au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, comme les Nations unies.

Parmi les organisations régionales, l’Union européenne se singularise par un degré avancé de coopération avec les Nations unies et avec les autres organisations régionales. Elle s’est dotée de capacités opérationnelles qui lui donnent les moyens de soutenir des actions diverses : elle a développé des mécanismes institutionnels pour financer et participer à des opérations de soutien à la paix autorisées par le Conseil de sécurité, mais également des actions en faveur de la prévention des crises et la stabilisation post-conflit. Cette coopération s’étend sur tous les continents aujourd’hui.

La Facilité de paix pour l’Afrique de l’UE a permis d’allouer 740 millions d’euros depuis 2004, selon différentes modalités : elle peut à la fois répondre à des besoins urgents, grâce à un mécanisme de réaction rapide, ainsi qu’à des besoins de plus long terme, via des opérations de soutien à la paix qui permettent d’assurer un financement prévisible. Ce mécanisme permet ainsi à l’UE de financer depuis 2007 l’AMISOM en Somalie qui constitue un bel exemple de coopération entre l’Union européenne et l’Union africaine et les Nations unies. L’Union européenne a également un soutien décisif au déploiement de la MISMA au Mali selon les mêmes modalités. L’Union européenne appuie également le renforcement des capacités de l’Union africaine et des organisations sous-régionales africaines.

De même, l’Union européenne intervient, en coordination avec les Nations unies en Libye par le déploiement de sa mission de surveillance des frontières Eubam, de même qu’elle travaille activement avec les Nations unies au Kosovo.

S’agissant de la Géorgie par exemple, l’UE, l’OSCE et l’ONU participent ensemble aux discussions de Genève et l’UE finance les mesures de confiances lancées entre Abkhazes et Georgiens que met en œuvre le PNUD.

Enfin, c’est l’un des objectifs principaux que se sont fixés ensemble l’UE et la CELAC, lors de leur sommet à Santiago du Chili en février dernier, que de contribuer activement ensemble à la paix et à la sécurité internationales.

Madame la Présidente,

Le rôle des organisations régionales a vocation à croître, répondant à la fois au principe de subsidiarité qu’à une logique de responsabilisation et d’appropriation des acteurs régionaux. La France y contribue, à travers les organisations dont elle est membre mais aussi dans son appui à la création d’une architecture régionale de sécurité.

Nous devons continuer à soutenir cette dynamique coopérative mais il nous faut rester vigilants sur les risques d’une fragmentation de la sécurité collective. Le Conseil de sécurité reste, conformément à la Charte des Nations unies, l’organe qui a la « responsabilité principale » du maintien et de la paix et de la sécurité internationales et qui agit au nom de l’ensemble des membres des Nations unies à cette fin.

Le dialogue entre les Nations unies et les autres organisations soulève régulièrement des questions complexes : insuffisance de ressources, par exemple en ce qui concerne les troupes, mais aussi les équipements, l’expertise militaire, les compétences civiles, les moyens budgétaires ; la mise en place de structures de financement prévisibles et durables ; la problématique du contrôle que peut exercer le Conseil de sécurité sur les opérations qu’il a autorisées. Cela ne doit pas être vu comme un obstacle. Au contraire, cela démontre la vitalité des relations entre les Nations unies et ces organisations. Répondre à ces questions de façon rapide et efficace est un défi auquel nous devons tous nous atteler.

Madame la Présidente,

Un dernier point que je voudrais soulever avant de terminer. Votre pays a souhaité mettre au centre de la Déclaration présidentielle que ce Conseil a adopté aujourd’hui la lutte contre l’impunité et l’importance historique à cet égard de la Cour pénale internationale, la promotion des droits de l’Homme et de l’Etat de droit et le rôle joué en ce domaine par les Organisations régionales.

Je voudrais vous en remercier. C’est un témoignage supplémentaire de l’engagement constant et déterminé de votre pays, au sein du Conseil de sécurité, et plus largement aux Nations unies en faveur de ces thèmes. La France en sait quelque chose puisque nos deux pays sont ensemble, avec le Maroc, les promoteurs à l’ONU de la Convention des Nations unies sur la protection des personnes contre les disparitions forcées. Nous nous retrouvons aussi, au sein de ce Conseil, comme pays fondateurs de la Cour pénale internationale dont votre compatriote M. Moreno Ocampo a été le premier Procureur. La référence à la CPI et la lutte contre l’impunité dans un texte sur la coopération des Nations unies avec les Organisations régionales est un précédent bienvenu, dont nous vous sommes redevables.

C’est aussi un rappel utile que les principes de justice et de défense des droits de l’Homme sont des principes fondateurs pour un grand nombre d’organisations régionales : l’Union européenne et l’Organisation des Etats américains se sont fondées et construites sur le refus des conflits et autour d’un objectif de garantir la paix et la sécurité, et ont développé des mécanismes essentiels de promotion de l’Etat de droit et de défense des droits de l’Homme ; la Charte de l’Union africaine inscrit dans ses principes le rejet de l’impunité et le droit de l’Union d’intervenir dans un pays lorsque sont commis des crimes graves, génocide, crimes de guerre, crimes contre l’humanité. Ce qui nous rapproche est essentiel.

Il était grand temps aussi de reconnaître la place prise par ces sujets dans le partenariat entre les Nations unies et les Organisations régionales.

La coopération entre les Nations unies et les organisations régionales et sous-régionales en matière de paix et de sécurité répond donc à une nécessité politique et opérationnelle. Elle doit continuer à s’exercer conformément aux principes et aux dispositions pertinentes de la Charte des Nations unies, et sous l’égide du Conseil de sécurité. C’est ainsi que nous assurerons à la fois la cohérence de l’action internationale, la lisibilité de l’action des Nations unies et le respect des valeurs de notre organisation.

Je vous remercie.


En savoir plus sur le rôle des organisations régionales dans le maintien de la paix et de la sécurité.



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