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6 juin 2013 - Conseil de sécurité - Somalie - Intervention de M. Philippe Bertoux, Premier Conseiller à la Mission permanente de la France auprès des Nations unies

Monsieur le Président, Monsieur le Ministre,

Je salue votre présence à l’occasion du débat de ce jour. Je salue également la présence de Madame la Vice Premier Ministre et Ministre des Affaires étrangères de Somalie. Je remercie enfin le Secrétaire général pour son rapport.

Depuis plus d’un an, la Somalie a connu des progrès incontestables, avec la reconquête par l’AMISOM et les forces de sécurité somaliennes de territoires tenus par le Shabaab, l’achèvement de la transition, qui a marqué un tournant politique avec l’élection du Président Hassan Sheikh Mohamoud, ou encore l’espoir d’une relance de l’économie. Cette évolution est positive indéniablement, elle n’en demeure pas moins fragile et réversible.

Sur le plan sécuritaire, les progrès semblent avoir atteint un palier. Le Shabaab fait preuve de résilience. Il contrôle toujours des zones importantes et démontre, par des actions meurtrières, sa capacité à conduire des opérations de déstabilisation dans les territoires libérés. En outre, comme le souligne le Secrétaire général, l’AMISOM ne semble plus en mesure de conquérir de nouveaux territoires.

Sur le plan politique, le gouvernement rencontre des difficultés à mettre en place des administrations régionales. Les tensions actuelles dans le Sud du pays, et en particulier à Kismayo, sont la résultante de facteurs divers : rivalités claniques, influences étrangères, partage des ressources. Cette crise a le potentiel de déstabiliser le sud de la Somalie et de remettre en cause des mois de progrès.

Face à ces enjeux, le Conseil doit persévérer dans son soutien à l’AMISOM et à ses contingents, dont les sacrifices sont immenses. Io doit aussi persévérer dans son appui aux autorités somaliennes, dont les tâches le sont tout autant. Nous ne pouvons laisser passer l’opportunité de sortir la Somalie du cercle vicieux dans lequel elle est enfermée depuis plus de 20 ans.

L’effort militaire mérite une réflexion à inscrire dans trois horizons temporels :

Dans l’immédiat, nous devons nous assurer que le retrait éthiopien de l’Ouest de la Somalie s’effectue de manière coordonnée avec l’AMISOM. Nous devons éviter de créer un vide sécuritaire permettant au Shabaab de reprendre pied dans les zones libérées. Les contingents ougandais et burundais doivent se déployer, conformément aux accords conclus avec les Ethiopiens, dans les meilleurs délais.

A moyen terme, une réflexion sur la stratégie de reconquête du territoire somalien qui demeure sous le contrôle du Shabaab doit être menée. Nous ne pouvons faire l’économie d’une réflexion sur les moyens de renforcer l’AMISOM pour lui permettre d’étendre sa zone de contrôle. Dans ce contexte, nous ne pouvons pas non plus faire abstraction des contraintes budgétaires. L’Union européenne et ses Etats membres sont depuis 2007 les premiers contributeurs financiers à cette opération, dont les coûts se sont considérablement accrus depuis le début de l’année 2012. De nouveaux contributeurs sont aujourd’hui indispensables pour permettre de poursuivre l’effort ;

A long terme, notre priorité stratégique doit être le renforcement des capacités des Forces somaliennes, qui représente la seule réponse susceptible de stabiliser durablement le pays. A cet effet, nous encourageons les Etats membres à renforcer leur coopération avec les Forces somaliennes, à l’instar de l’action de formation conduite par l’Union européenne. Nous attendons par ailleurs de la MANUSOM qu’elle apporte tout le soutien nécessaire au gouvernement somalien pour coordonner l’aide internationale dans le domaine de la sécurité.

Monsieur le Président,

En absence de solution politique pour l’administration des régions, nos efforts militaires seront insuffisants. Une issue politique négociée doit être trouvée à la crise actuelle à Kismayo.

Dans ce but, la France soutient le rôle de médiation conduit par l’IGAD selon les termes du communiqué adopté par le Sommet d’Addis Abeba le 24 mai dernier. Nous appelons toutes les parties à la retenue et à œuvrer à la réconciliation nationale. Les Etats voisins se doivent également de jouer un rôle constructif pour aider le gouvernement somalien. La MANUSOM pourra quant à elle apporter sa contribution dans le cadre de son mandat de bons offices. En tout état de cause, il est essentiel que le Conseil de sécurité renforce son suivi de cette question compte tenu de son potentiel déstabilisateur.

A cet égard ma délégation se réjouit du message envoyé par la déclaration présidentielle que nous adopterons à l’issue de ce débat. Je vous remercie.

En savoir plus sur la Somalie.



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