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7 mars 2014 - Conseil de sécurité - Les enfants dans les conflits armés - Intervention de M. Gérard Araud, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Monsieur le Ministre,

Je vous remercie pour l’organisation de ce débat. Je remercie également pour leurs interventions le Secrétaire général, M. Ban Ki-moon, Mme Leila Zerrougui, Représentante spéciale du Secrétaire général, M. Anthony Lake, Directeur exécutif d’UNICEF, ainsi que M. Al Haji Baba Sawaneh.

Je souscris au discours que prononcera l’Union européenne.

Je saisis cette occasion pour féliciter de nouveau le Luxembourg pour son travail remarquable sur les enfants dans les conflits armés, grâce auquel cette résolution a pu être adoptée aujourd’hui.

Monsieur le Ministre,

Depuis quinze ans, ce Conseil s’est mobilisé pour la protection des enfants dans les conflits armés. De cette mobilisation, un dispositif global est né, qui a permis la démobilisation de plusieurs dizaines de milliers d’enfants.

Aujourd’hui, Mme Zerrougui et M. Lake nous donnent la preuve que cette mobilisation reste entière. Leur campagne « enfants, pas soldats » nous fait entrevoir la possibilité d’un monde où aucune armée nationale ne recruterait d’enfants.

Pour cela, la pleine coopération des Etats concernés sera cruciale. A cette fin, les Nations unies disposent d’un instrument, qui a montré son efficacité. Les plans d’actions ont permis à deux Etats, en 2011, d’être retirés de la liste d’infamie. Dans un futur proche, d’autres Etats pourraient, nous l’espérons, suivre le même chemin. Nos procédures fonctionnent donc. Monsieur le Ministre,

Dans les conflits d’aujourd’hui, les enfants restent hélas les premières victimes.

Ils le sont quand ils sont enrôlés de force dans les rangs des combattants.

En République centrafricaine, nous le savons, les groupes armés, ex-Séléka comme Anti-Balaka, comptent dans leurs rangs plus de 6 000 enfants. La France présentera prochainement un projet de résolution en vue du déploiement d’une opération de maintien de la paix dans ce pays. Mais la gravité et l’urgence de la situation imposent que les ressources du Bureau des Nations unies en Républiques centrafricaine (BINUCA) soient renforcées dès à présent, notamment en faveur de la protection de l’enfance, comme le prévoit la résolution 2134 qu’avait présentée mon pays.

Les enfants sont également menacés lorsque leur éducation est mise en danger.

Les écoles sont de plus en plus couramment la cible d’attaques intolérables. Elles sont brûlées, détruites, prises au cœur de tirs croisés. Le droit international humanitaire énonce une règle claire : les écoles ne peuvent pas être des objectifs militaires.

En Syrie, cette triste réalité, les enfants la vivent quotidiennement depuis trois ans. Les bombardements aériens aveugles du régime, qui ont été dénoncés récemment à l’unanimité du Conseil de sécurité par la résolution 2139, privent toute une génération de son droit à l’éducation. Plus de 3 000 écoles ont été détruites. Plus de 2 millions d’enfants syriens ne vont plus à l’école. Nous condamnons également toutes les violations des groupes armés à l’encontre des enfants. Un dialogue entre l’Armée syrienne libre et les Nations unies est ouvert sur la question des recrutements d’enfant. Nous encourageons Mme Zerrougui à poursuivre ce dialogue en vue de la signature d’un plan d’action.

Monsieur le Ministre,

Ce Conseil a tenu récemment un débat sur l’Etat de droit. Notre débat d’aujourd’hui permet de décliner, de manière concrète, un aspect essentiel de cet Etat de droit : la nécessité pour les Etats de tenir des registres des naissances rigoureux, condition indispensable pour éliminer le phénomène des enfants soldats en permettant de le préciser, de le cerner. Ayons aussi à l’esprit la situation de la République Centrafricaine où les combattants Séléka, en détruisant systématiquement les archives du pays, ont privé tous les citoyens, au premier rang desquels les enfants, de l’accès à ce droit.

Dans ce combat pour la protection de l’enfance, la lutte contre l’impunité joue également un rôle essentiel. Le fait que la Cour pénale internationale ait prononcé sa première condamnation contre Thomas Lubanga coupable de conscription et d’enrôlement d’enfants de moins de quinze ans a été une étape décisive. La France se félicite que la résolution adoptée aujourd’hui mette en lumière le rôle de la justice et, singulièrement, de la Cour pénale internationale. Nous reconnaissons tous la complémentarité des tribunaux nationaux et souhaitons les voir renforcer encore leur action contre les crimes les plus graves. Mais lorsque ces tribunaux sont défaillants, la Cour pénale internationale est désormais notre garantie qu’un recours indépendant et permanent existe.

Monsieur le Ministre,

Nos efforts inlassables doivent se poursuivre. J’évoquerais à cet égard plusieurs pistes :

— le rôle du Secrétariat tout d’abord. Nous connaissons l’engagement de M. Ban Ki-moon pour que l’Organisation soit irréprochable. Il faut que les efforts de réforme des secteurs de sécurité (RSS) et de désarmement, démobilisation et réintégration (DDR) intègrent pleinement la problématique des enfants soldats. A cet égard le Général Dallaire s’est fait l’avocat de programmes de formation et nous lui rendons hommage pour ce nouvel engagement, que reflète notre résolution ;

— la protection de l’éducation dans les conflits ensuite. La France suit avec intérêt les travaux des ONG pour élaborer des lignes directrices sur l’utilisation militaires des écoles. Les Etats doivent être encouragés à travailler de concert avec la société civile pour mettre en place des bonnes pratiques, adaptées aux réalités opérationnelles du terrain, pour améliorer la protection de l’éducation en temps de conflit ;

— enfin, la France continue d’appeler tous les Etats à endosser les Principes et Engagements de Paris, qui sont complémentaires de l’action du Conseil de sécurité. Nous souhaitons proposer, en lien avec Mme Zerrougui, l’UNICEF et les ONG, qu’un séminaire régional sur les Principes de Paris se tienne cet été en Afrique pour soutenir la campagne de Mme Zerrougui dans cette région.

Je vous remercie.


En savoir plus sur les enfants dans les conflits armés.



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