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8 décembre 2009 - Conseil de sécurité - Paix et sécurité en Afrique : Le trafic de drogues comme une menace à la sécurité internationale - Intervention de Gérard Araud, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Monsieur le Président,
Monsieur le Secrétaire général,
Monsieur le Directeur général,
Mesdames et Messieurs,

Je remercie naturellement le Burkina Faso pour l’opportunité qu’il nous offre de débattre aujourd’hui des conséquences du trafic de drogues sur la paix et la sécurité internationale. Je remercie également M. Costa pour le rapport qu’il nous a présenté et je voudrais à cette occasion réaffirmer l’appréciation et l’estime de mon pays pour son action et celle de l’organisation qu’il dirige.

La France souscrit à l’intervention que la Suède prononcera au nom de l’Union européenne.

Monsieur le Président,

A plusieurs reprises, le Conseil de sécurité a pu percevoir le rôle joué par le trafic de drogues dans la survenance de conflits, que ce soit en Guinée Bissau, à Haïti ou encore en Afghanistan. A ce dernier égard, par la résolution 1817 adoptée à l’initiative de la France, le Conseil de sécurité avait notamment appelé à une meilleure surveillance du commerce international des précurseurs chimiques.

Ces exemples nous permettent de mieux comprendre les mécanismes qui font du problème mondial de la drogue une menace transversale qui porte atteinte à la paix et à la sécurité internationale :

Tout d’abord, le trafic de drogues contribue à l’affaiblissement des Etats. Il s’accompagne d’un accroissement de la criminalité, depuis les guerres des cartels jusqu’au développement d’une criminalité transnationale organisée. Il encourage la corruption et le blanchiment d’argent, qui sont autant de sources d’affaiblissement des capacités d’intervention des gouvernements, et permet dans certains cas le financement de groupes armés non gouvernementaux. Le trafic de drogues ne va jamais tout seul, il s’accompagne toujours tôt ou tard du trafic d’armes, du blanchiment d’argent, voir du trafic d’êtres humains.

Par son caractère transnational, le trafic de drogues contribue ensuite à la déstabilisation de régions entières. Le Conseil a notamment souligné à plusieurs reprises les menaces que la drogue fait peser sur l’Afrique de l’Ouest. L’importance des enjeux économiques autour de la drogue, le lien avec les flux financiers illicites et l’érosion progressive des fondations mêmes des Etats attisent la conflictualité entre pays. Des réseaux de criminalité organisée se constituent à l’échelle de l’Afrique de l’Ouest, avant de se développer et de s’étendre au reste du continent, utilisant les faiblesses d’Etats en conflit, et rendant ainsi plus long et plus difficile le retour à la paix et le développement économique de ces pays.

Enfin, il apparaît de plus en plus clairement que le trafic de drogues, par son lien avec les réseaux illicites internationaux, met en péril la sécurité internationale au-delà de l’échelle régionale. Le récent rapport de l’Office des Nations Unies pour la Drogue et le Crime sur le commerce de l’opium afghan montre non seulement le rôle du trafic de drogues dans le financement de l’insurrection en Afghanistan, mais aussi de groupes extrémistes dans plusieurs pays d’Asie centrale. Les réseaux terroristes financent leurs activités en partie grâce au trafic de drogues.

Monsieur le Président,

La France se félicite que par le débat de ce jour, le Conseil de sécurité prenne la mesure des conséquences du trafic de drogues sur la paix et la sécurité internationale. Nous devons réfléchir aux moyens opérationnels de mieux prendre en compte ce facteur dans nos stratégies de prévention et de traitement des conflits.

Nous attachons à cet égard une grande importance à l’action régionale. L’Afrique de l’Ouest fait ici figure d’exemple, avec la mise en œuvre de l’initiative pour la côte de l’Afrique de l’Ouest et du plan d’action de la CEDEAO contre le trafic de drogues et la criminalité organisée dans cette région. Nous nous félicitons également de l’adoption, le 24 novembre à Nairobi, par treize Etats, du plan d’action de l’Afrique de l’est, qui concerne à la fois le trafic de stupéfiants, le trafic d’armes, les trafics de déchets, les médicaments contrefaits, et de trafic sur les ressources naturelles, la piraterie et le trafic des personnes. D’autres exemples d’initiatives régionales existent, notamment le Pacte de Paris.

Ensuite nous devons renforcer la coordination effective entre les Nations Unies, les organisations régionales comme la CEDEAO, et les organisations sectorielles, notamment Interpol, l’Organisation mondiale de la Santé et l’Organisation mondiale des douanes.

Enfin, au Conseil de sécurité, nous sommes favorables à ce que la question du trafic de drogues soit davantage prise en compte dans l’analyse des conflits, les stratégies de prévention, les missions intégrées et les opérations de maintien de la paix. Nous accorderons la plus grande importance à tous les éléments que pourra transmettre le Secrétariat dans ses différents rapports au Conseil. Nous saluons de nouveau la contribution importante de l’ONUDC à la lutte contre les menaces transversales, et nous nous félicitons des interventions régulières de son Directeur général devant le Conseil. Plus généralement, nous devons chercher à mieux mobiliser et mieux utiliser l’ensemble des organes des Nations Unies compétents en matière de lutte contre les menaces transversales.

Nous avons besoin d’une stratégie globale, globale géographiquement, globale sectoriellement. Seules les Nations Unies peuvent l’élaborer, peuvent l’aider à la mise en œuvre et suivre cette mise en œuvre.

Monsieur le Président,

La lutte contre le trafic de drogues fait l’objet de l’une des coopérations internationales les plus anciennes : nous en avons célébré l’an dernier le centenaire. Les conventions de 1961, 1971 et 1988 ont apporté un dispositif juridique adéquat, utilement complété par les conventions de Palerme sur la criminalité transnationale organisée et de Mérida sur la corruption. Nous appelons à l’universalisation et à la mise en œuvre pleine et entière de ces instruments juridiques.

Force est de constater cependant que malgré ces efforts de la communauté internationale, les menaces posées par le trafic de drogues à la sécurité internationale sont plus fortes que jamais. Le Conseil devra en conséquence rester investi de cette question. A cet égard mon pays est favorable à ce que de nouveaux débats se tiennent sur ce sujet dans cette enceinte dans un proche avenir.

Je vous remercie./.



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