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8 mars 2012 - Conseil de sécurité - MINUSTAH - Intervention de M. Martin Briens, chargé d’Affaires a.i. de la France auprès des Nations Unies

Je remercie le Représentant spécial du Secrétaire général, Monsieur Mariano Fernandez, pour son intervention.

Je m’associe à la déclaration que feront le représentant de l’Union Européenne et le Représentant de l’Uruguay au nom du Groupe des Amis.

Monsieur le Président,

Ce débat semestriel intervient quelques semaines après la visite effectuée par le Conseil de sécurité en Haïti. Cette visite nous a permis de réaffirmer notre soutien collectif à la population haïtienne et à ses représentants.

Ce soutien s’accompagne de la reconnaissance du chemin parcouru depuis le tremblement de terre, qu’il s’agisse des 119 000 Haïtiens qui ont pu quitter les camps de réfugiés depuis juin 2011 ou du déblayage des débris. Je garde à l’esprit les nombreux défis humanitaires auxquels le pays continue de faire face et qui sont rappelés par le Secrétaire général dans son rapport.

La France est déterminée à tenir les engagements pris par le Président de la République qui s’élèvent à 326M€, y compris notre part de l’aide européenne..

Mais les défis auxquels est confrontée Haïti aujourd’hui appellent une mobilisation de la communauté internationale et de l’ensemble des dirigeants haïtiens.

Or à Port-au-Prince, nous avons pu constater les tensions actuelles. Ces tensions, aggravées depuis notre retour par la démission du Premier Ministre Garry Conille, sont telles qu’elles empêchent aujourd’hui le fonctionnement régulier des institutions et qu’elles peuvent entrainer des troubles au sein de la population.

Cette situation d’autant plus dommageable que, par ailleurs, quelques progrès ont été enregistrés sur le plan institutionnel. Ainsi la police est de plus en plus visible et respectée. Le président et vice-président du Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire ont enfin été nommés. Signe encourageant pour la lutte contre l’impunité, les responsables de la tuerie intervenue dans la prison de Les Cayes en janvier 2010 ont été condamnés. Enfin et surtout, comme le constate le rapport du Secrétaire général, la situation sécuritaire est relativement stable même si elle reste fragile.

Pour poursuivre son effort en faveur de la stabilisation et de la reconstruction, la communauté internationale a besoin de stabilité politique et d’un gouvernement en place. Elle a besoin aussi que soit assurée la coordination de l’aide des bailleurs, qui n’est plus mise en œuvre par la CIRH depuis octobre 2011. Les investissements étrangers que le Président Martelly appelle de ses vœux aussi besoin de stabilité politique.

Nous appelons donc les autorités haïtiennes à leur sens des responsabilités vis-à-vis des électeurs qui les ont élues. Nous attendons d’elles qu’elles fixent une date pour des élections locales et législatives partielles, qu’elles votent le budget, qu’elles promulguent rapidement les amendements constitutionnels avec des garanties pour le Président, qu’elles mettent en place un Conseil Electoral permanent, qu’elles nomment un Premier Ministre et qu’elles respectent une trêve entre exécutif et législatif.

Nous appelons également le Président Martelly à prendre les mesures nécessaires pour faire cesser les rassemblements d’hommes armés se réclamant des anciennes forces armées d’Haïti.

Monsieur le Président,

La MINUSTAH est déployée en Haïti depuis huit ans. Elle assure le maintien de l’ordre et la stabilité en appui à la police haïtienne. Peu à peu, elle renforce les capacités de la police nationale haïtienne qui compte aujourd’hui 10 000 hommes. Elle compte de personnel civil et militaire de grande qualité, mis à disposition par les Etats contributeurs de troupes. Nous la dotons chaque année de moyens importants pour qu’elle puisse remplir sa mission.

Mais chacun sait que cette opération de maintien de la paix n’a pas vocation à rester indéfiniment en Haïti pour maintenir l’ordre, ou pour faire de la reconstruction et du développement. Il est donc important que nous ayons une idée claire de ce que nous voulons obtenir et à quel horizon.

Les années de présence sur le terrain, les missions qui se sont accumulées au fil des mandats, la conduite inexcusable de certains éléments déployés en Haïti, le drame du choléra ont fini par brouiller notre image auprès des Haïtiens. On peut le regretter mais surement pas l’ignorer, comme on ne peut pas ignorer la volonté exprimée par certains Haïtiens de voir la MINUSTAH partir un jour.

Après la tragédie du tremblement de terre, nous avions décidé dans l’urgence d’augmenter les effectifs de la MINUSTAH. Aujourd’hui nous devons poursuivre ce double mouvement de réduction et d’adaptation engagé par la R. 2012, en tenant compte bien sûr des conditions sur le terrain. Nous devons recentrer leur action vers des tâches de formation de la police et de renforcement de l’état de droit. Pour cela, nous devons faire évoluer l’équilibre au sein de la Mission entre militaires, policiers et civils. Même si des pics de violence sont toujours possibles, la tendance de fond va vers l’amélioration de la situation sécuritaire, nous pouvons donc réduire significativement l’effectif global de la MINUSTAH.

Le statu quo comme le retrait immédiat sont, tous deux, porteurs d’instabilité et de tensions. C’est parce que la présence des Nations Unies en Haïti s’inscrit dans la durée et que nous voulons que la MINUSTAH soit la dernière OMP déployée en Haïti que souhaitons qu’elle évolue de manière graduelle et responsable vers un départ dans de bonnes conditions.

Je vous remercie.



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