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9 juin 2010 - Conseil de sécurité - Iran - Adoption de la résolution 1929 - Intervention de M. Gérard Araud, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Monsieur le Président,

La France se félicite de l’adoption de la résolution 1929.

Le Conseil l’a adopté très majoritairement avec le suffrage de pays d’Afrique, d’Asie, d’Europe, d’Amérique, de pays ayant une industrie nucléaire ou n’en ayant pas, de pays ayant des relations commerciales avec l’Iran ou n’en ayant pas.

Cette unité a une raison claire. Vous la connaissez.

L’Iran a développé un programme nucléaire clandestin pendant 18 ans. Une fois ce programme découvert, l’Iran n’a cessé d’entraver les efforts de l’AIEA pour en élucider la finalité.

L’Iran poursuit l’enrichissement de l’uranium, en dépit de cinq résolutions du Conseil de Sécurité, et en l’absence de programme électro-nucléaire crédible sur son sol.

Les faits sont accablants, ils ne prêtent a aucun doute, il suffit de les rappeler.

L’Iran a développé un programme de missiles capables d’emporter des têtes nucléaires.

L’Iran a travaillé sur des études militaires poussées qui constituent le lien manquant entre l’enrichissement et le programme balistique, en particulier sur l’aménagement d’un vecteur pour y placer une tête nucléaire tout en refusant toute coopération sur ce point avec l’Agence.

Plus récemment il a construit une usine clandestine d’enrichissement à Qom, adaptée pour un usage militaire, mais beaucoup trop petite pour un usage civil - il faudrait la faire tourner 24h/24 pendant 45 ans pour alimenter un réacteur civil.

Enfin en février dernier, l’Iran a commencé à enrichir son uranium à 20%, ce qui le rapproche encore du seuil militaire.

Sur tous ces points l’Iran a refusé toute coopération avec l’AIEA. C’est avec nulle surprise donc que le directeur général de l’Agence vient de conclure, dans son rapport du 31 mai, que l’Agence est dans l’impossibilité de confirmer que toutes les matières nucléaires en Iran sont dédiées à des activités pacifiques.

Monsieur le Président,

Ce n’est pas faute d’avoir multiplié les efforts pour amener l’Iran, par le seul dialogue, à faire preuve d’ouverture.

Les trois pays européens, la République Fédérale d’Allemagne, le Royaume-Uni et la France, ont tenté dès 2003 d’entamer un dialogue avec l’Iran. Cette approche a abouti à la première proposition de coopération européenne d’août 2005, puis à l’offre E3+3 de 2006, puis encore l’offre E3+3 de juin 2008. D’importantes incitations ont été offertes à l’Iran, dans le domaine nucléaire, sécuritaire, commercial, agricole, médical.

Une délégation de haut niveau s’est rendue en juin 2008 à Téhéran ; d’innombrables réunions ont eu lieu avec les Iraniens, des correspondances ministérielles, des contacts directs et indirects, bilatéraux et multilatéraux ; aucun effort n’a été épargné.

Mais ces offres n’ont pas abouti du fait du refus iranien d’engager les négociations. Depuis sept mois, l’Iran a refusé de rencontrer la représentante des E3+3, Catherine Ashton, malgré l’engagement qu’il avait pris en octobre dernier.

C’est dans ce contexte que mon pays a accueilli avec gratitude l’initiative de la Turquie et du Brésil sur le réacteur de recherche de Téhéran, comme mesure de confiance.

Mes autorités l’ont indiqué au plus haut niveau. Nous saluons l’engagement de deux dirigeants prestigieux et souhaitons leur succès.

Mais nous constatons cependant que l’Iran a déjà tout fait pour ôter sa substance à l’accord. En enrichissant son uranium à 20% tout d’abord, ce qui annule l’intérêt principal de l’accord. En gagnant du temps ensuite, de sorte qu’il n’aurait plus à exporter qu’une fraction de son stock d’uranium et qu’il lui soit rapide de reconstituer la quantité nécessaire pour un engin militaire.

Vous avez aussi relevé, Monsieur Le Président, la lecture biaisée que fait l’Iran de cet accord, pour y voir une justification illimitée à l’enrichissement, un rejet définitif des sanctions et des enquêtes de l’AIEA, et enfin un alibi pour ne plus évoquer son programme nucléaire avec les E3+3.

Enfin, et surtout, un accord satisfaisant sur le TRR, que nous appelons de nos vœux, pourrait être une mesure de confiance utile, mais il ne répondrait pas au cœur du problème. Le cœur du problème, c’est la nature du programme nucléaire iranien, la révélation du site clandestin de Qom, l’enrichissement à 20%, et l’obstruction iranienne aux efforts de l’AIEA. Ce problème reste entier. C’est le refus de l’Iran de le résoudre qui nous contraint à la fermeté.

Dès lors, la résolution de sanctions que nous venons d’adopter constitue la réponse appropriée. Cette résolution est forte, précise et ciblée. Elle ne vise pas la population iranienne. Ses mesures renchériront le coût pour l’Iran de sa politique proliférante. Elles ralentiront les progrès du programme nucléaire et nous aideront ainsi à gagner du temps pour la diplomatie.

C’était d’ailleurs le moins que nous puissions décider après la découverte du site de Qom et le début de l’enrichissement à 20% en Iran. Car il est de notre devoir de protéger le TNP, ce navire sur lequel l’Iran croit pouvoir voyager sans billet. Si après de tels développements, nous ne réagissions pas fermement, le message que nous enverrions aux émules potentiels de l’Iran serait : " allez-y ". Il est aussi de notre devoir d’éviter course régionale aux armements, que le seul doute sur la finalité du programme iranien suffirait à susciter. De notre devoir, enfin, de prévenir un conflit, aux conséquences catastrophiques, dans une région instable.

Pour autant, la porte du dialogue reste toujours ouverte. Cela inclut les discussions sur le TRR. Prenant pleinement en compte les efforts du Brésil et de la Turquie, la France, les Etats-Unis et la Russie ont écrit au Directeur Général de l’AIEA pour lui faire part des points qui posent des difficultés dans l’accord tripartite. Nous proposons une réunion d’experts dès que possible avec l’Iran pour trouver un accord sur ces points. Nous sommes prêts aussi à envisager d’autres mesures de confiance, comme l’indique la résolution que nous venons d’adopter.

Mais c’est une décision que nous ne pouvons pas prendre seuls. C’est aux dirigeants iraniens, à présent, de saisir, comme nous le leur enjoignons depuis maintenant sept ans, la main qui leur est tendue. C’est à eux de prendre en compte l’intérêt de leur population plutôt que d’embrasser un dangereux rêve de puissance au prix de la stabilité de la région. A eux de choisir l’intégration dans la société internationale et ses dividendes, plutôt que l’isolement croissant auquel ils se condamnent.

S’ils y sont prêts, nous serons là pour les y aider.

Je vous remercie./.



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