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15 juin 2009 - Conseil de sécurité - Géorgie - Intervention de M. Jean-Maurice Ripert, représentant permanent de la France

Monsieur le Président,

Dans la résolution 1866, que nous avons adoptée et co-parrainnée unanimement, nous nous étions engagés à décider de l’avenir de la présence des Nations unies sur la base du rapport du Secrétaire Général.

Ce rapport, qui s’intitule " rapport en vertu des résolutions 1808, 1839 et 1866 ", a bénéficié d’un très large soutien au sein du Conseil lorsqu’il a été présenté.

Sur cette base, des négociations intenses ont donc eu lieu au sein du groupe des amis de la Géorgie.

Plusieurs séries de projets ont été discutés. Vendredi, le groupe des amis s’est réuni pendant plus de six heures. Samedi il s’est réuni à nouveau.

De nombreux gestes ont été consentis sur le régime de sécurité.

Nous n’étions pas très loin d’un accord. Il est vrai que la Russie a tenté tout au long d’utiliser ce processus pour aboutir à ce que les membres du Conseil reviennent sur l’intégrité territoriale et la souveraineté géorgiennes.

C’est pourquoi toutes les propositions russes comportaient des références à la " République d’Abkhazie ", à ses frontières, mentions provocatrices et évidemment inacceptables pour une majorité de membres du Conseil. La Russie a également curieusement nié toute référence à un conflit et, ce qui est encore plus inquiétant, toute référence à un processus politique.

Cependant des progrès ont été faits. Il fallait donner, nous semble-t-il, toutes les chances à cette négociation.

C’est pourquoi la France, dans un esprit constructif, de concert avec l’Allemagne, l’Autriche, la Croatie, les Etats-Unis, le Royaume-Uni et la Turquie, a mis en bleu hier soir le projet de résolution sur lequel nous venons de nous prononcer.

Ce texte proposait une reconduction technique du mandat de la MONUG, afin de donner un ballon d’oxygène à la négociation.

Il était une copie conforme des dernières résolutions de reconduction technique de la MONUG, les résolutions 1839 et 1866. Or ces deux résolutions sont intervenues après le conflit d’août, et après la reconnaissance par la Russie des entités séparatistes. Et comme vous vous en souviendrez, la Russie a voté ces deux résolutions, comme le Conseil unanime. La Russie a même co-parrainé la résolution 1866.

L’un des éléments clé qui avait permis l’adoption de ces résolutions, et leur acceptation par le pays-hôte, la Géorgie, était la référence à la résolution 1808. Cette référence n’avait pas empêché la Russie de les voter.

La Russie a demandé à écarter cette référence dans le présent projet. Cette proposition était inacceptable pour nous, et pour une majorité de membres du Conseil, pour plusieurs raisons :

- d’abord, car la France, comme l’Union européenne, est fondamentalement attachée à la souveraineté, l’indépendance et l’intégrité territoriale de la Géorgie dans ses frontières internationalement reconnues ;

- ensuite, car rien n’est intervenu depuis le vote de la résolution 1866 en février dernier qui justifie que le Conseil change de position ;

- enfin, car cette éviction aurait clairement préjugé le résultat des futures négociations, plutôt que de reconduire l’ordre actuel afin de permettre à ces négociations d’avoir lieu.

Dans ces conditions M. le Président, il nous paraît inexplicable que la Russie ait mis fin à cette mission à cause de la référence à la R. 1808.

Monsieur le Président, la Russie a pris une lourde responsabilité en apposant son véto à ce texte.

La résolution aurait été adoptée par une large majorité sans ce véto.

Et pour cause. La Russie met fin à 15 ans de présence stabilisatrice des Nations unies sur le terrain.

La population locale, qui a besoin d’assurances de sécurité et d’un regard extérieur contre les provocations et l’arbitraire, sera la première victime de cette décision.

Ce véto laisse également sur le terrain une situation toujours extrêmement délicate et instable, avec des haines irrésolues et des barrières artificielles, sans processus de paix. Le Conseil de sécurité ne pourra pas s’en désintéresser.

Monsieur le Président, à nouveau, la France regrette profondément ce véto russe. Elle appelle l’ensemble des parties ayant des forces sur le terrain à respecter strictement les accords d’août et septembre 2008. Enfin, elle réitère à nouveau son soutien sans réserve à la souveraineté, l’indépendance et l’intégrité territoriale de la Géorgie dans ses frontières internationalement reconnues./.



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