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29 juin 2009 - Conseil de sécurité - Débat sur les opérations de maintien de la paix - Intervention de M. Jean-Maurice Ripert, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Monsieur le Président,

Je voudrais tout d’abord remercier la présidence turque du Conseil pour l’organisation de ce débat. La France est très attachée à l’amélioration du fonctionnement du maintien de la paix des Nations unies. Nous nous réjouissons de l’effervescence actuelle autour de cette question. Elle nous parait traduire d’abord la convergence des préoccupations des uns et des autres et la confiance utile pour l’efficacité de notre travail qui s’établit peu à peu sur ce sujet entre le Conseil de sécurité, l’ensemble des Etats membres et le Secrétariat.

Dans le cadre de l’initiative que nous avons lancée sur le sujet avec le Royaume-Uni, la France a demandé à plusieurs reprises que le DOMP et le DAM puissent réaliser tous les trimestres une présentation sur l’état du maintien de la paix aux Nations unies, à la fois au plan opérationnel et au plan administratif, budgétaire et financier.

C’est donc avec grand plaisir que nous accueillons la séance d’aujourd’hui, et que nous souhaitons qu’elle soit suivie d’autres. Je voudrais remercier en particulier Alain Le Roy et Susanna Malcorra pour la présentation de la future étude " New Horizon " et leur dire avec combien d’impatience et combien d’intérêt nous attendons la présentation des rapports définitifs un peu plus tard dans l’année.

Je m’associe aussi pleinement à l’intervention que prononcera tout à l’heure mon collègue tchèque au nom de l’Union européenne.


Monsieur le Président, les éléments présentés par le Secrétariat nous semblent particulièrement encourageants. J’aimerais rappeler brièvement d’abord l’initiative en trois piliers que nous avons lancée avec le Royaume-Uni pour souligner l’unité de vue entre les deux approches.

- Un premier bloc de notre initiative porte sur le suivi stratégique des opérations.

Comme nous y invite aujourd’hui le Secrétariat, nous avons appelé à l’amélioration de la rédaction des mandats, de leurs liens avec la planification et la définition des objectifs, ainsi que la définition de critères de succès ou " benchmarks ". Nous soutenons pleinement l’idée de renforcer les mécanismes de commandement et de contrôle, notamment au niveau du secrétariat à New York, ainsi que celle d’un meilleur dialogue avec les principaux partenaires dans les phases de planification et de suivi des opérations.

L’organisation de réunions d’experts, dites "politico-militaires" s’est montrée très utile dans cette perspective et devrait selon nous pouvoir être généralisée à l’ensemble des opérations. Il est également souhaitable de doter le Conseil de sécurité d’une véritable expertise militaire, en organisant, sous une forme qui reste à définir, des réunions régulières au niveau des conseillers militaires, auxquelles les contributeurs de troupes pourraient être associés.

- Un second pilier de notre initiative porte sur la mise en œuvre des mandats complexes. A ce titre, nous avons pleinement appuyé l’idée que les Nations unies devaient être prêtes à mener des actions parfois robustes.

J’aimerais d’ailleurs souligner que ce serait une erreur de refuser aux Nations unies le maintien de la paix robuste, et à ignorer l’importance des contributions des pays très impliqués dans des opérations robustes, pas nécessairement sous casques bleus, mais néanmoins mandatées par les Nations unies, comme par exemple en Afghanistan.

Je voudrais à cet égard rappeler que la France figure parmi les principaux contributeurs aux OMP des Nations unies dont elle est le 5e contributeur financier. La France fournit près de 2250 casques ou bérets bleus, mais elle contribue également à hauteur d’environ 8300 hommes dans des opérations de maintien de la paix sous mandat de l’ONU dans le cadre de l’UE, de l’OTAN ou à titre national, et souvent dans des zones particulièrement dangereuses.

Dans notre initiative commune, nous appuyons également pleinement la mise en œuvre par les OMP de la protection des civils. C’est, pour l’opinion publique, pour les populations des pays où interviennent les Nations unies, sur la capacité des Nations unies à protéger leurs vies que nous serons jugés. Nous devons cela faisant être conscients, nous le reconnaissons, de la contradiction qu’il y a parfois, et on nous l’a dit notamment au Congo lors de la visite récente du Conseil de sécurité, la contradiction qu’il ya parfois à demander en même temps aux OMP d’adopter des postures plus robustes et de protéger plus efficacement les civils. Cela montre bien la nécessité d’adapter la structure interne des missions à la complexité des mandats.

Troisième point important, l’intégration précoce de la reconstruction post-conflit dans nos stratégies. Le Secrétaire général adjoint pour le maintien de la paix l’a évoqué.

S’agissant des priorités dans les mandats : comme vous le savez, un effort important a été réalisé. Il est visible en particulier à propos de la RDC dans la résolution 1856. Cet effort doit être prolongé. Mais les résolutions sont des documents négociés par des Etats souverains au Conseil de sécurité et avec des Etats qui n’en sont pas membres. Il n’est pas toujours possible, compte tenu des objectifs respectifs politiques des participants, de toujours pouvoir aboutir à une hiérarchisation soit complète, soit satisfaisante.

La question de la mise en œuvre séquentielle mérite une réflexion approfondie. Il est difficile de multiplier les tâches dès l’entrée dans une mission. Pourtant il nous faut éviter cette contradiction qu’Alain Le Roy a également rappelé : voulant régler l’urgence, nous négligeons les aspects structurants essentiels aux stratégies de sortie, et à ce que les conflits ne se reproduisent pas ou ne se prolongent pas. La formation des forces de sécurité ou l’Etat de droit tombe dans cette catégorie. Ce point renvoie également au problème de la meilleure intégration des opérations militaires des Nations unies avec l’action du reste du système. La mise au point d’approches intégrées, au Timor, au Libéria, au Congo, sont aujourd’hui non seulement une évidence mais une nécessité qu’il faut traduire dans les faits. La mise en œuvre concrète des orientations sur la " cohérence d’ensemble " du système est à cet égard fondamentale et urgente. Elle doit accompagner notre réflexion sur le maintien de la paix.

Sur ce point je voudrais finir en mentionnant notre souhait que le groupe de travail présidé par notre collègue l’ambassadeur Takasu puisse à présent s’attaquer en détail à l’analyse des dispositions des mandats des opérations. Ce sera une aide précieuse pour le travail futur du Conseil.

- Le troisième bloc de notre initiative porte sur les ressources. Nous avons appelé à un travail sur l’efficacité et les coûts. Nous accueillons à cet égard très favorablement à cet égard les premières idées esquissées aujourd’hui par Mme Malcorra : flexibilité financière et responsabilité, sa contrepartie indispensable ; nouvelle stratégie en faveur d’un déploiement rapide, par toute une série d’initiatives que le Secrétariat peut prendre de lui-même. Ces propositions devront être détaillées, c’est ce qui sera fait plus tard. Vous pouvez compter sur nous, Madame, pour tout faire pour vous permettre de mettre en œuvre au plus vite les idées simples parfois, et tellement évidentes que l’on peut se demander pourquoi on ne l’a pas fait plus tôt, au sein du système. Nous vous aiderons à le faire au plus vite.

- Au-delà, la future étude New Horizon mettra à juste titre l’accent sur la génération de forces. C’est un enjeu clé, dans un environnement général de tension, voir de pénurie, sur les effectifs notamment et les équipements.

Nous sommes naturellement favorables l’élargissement de la base de contributeurs de troupes et de police. Je voudrais rappeler à cet égard les efforts très importants consentis par la France et par l’Union européenne notamment pour la formation des forces africaines, à travers par exemple le programme EURORECAMP ou la mise en réseau des écoles militaires africaines.

Je souhaite soulever ici un point important qui est celui de la formation aux langues et de l’encouragement à la participation aux opérations de maintien de la paix de personnel parlant les langues locales. Evidemment je plaiderai ici notamment au nom des personnels francophones personnels francophones (militaires, policiers, civils). De nombreuses opérations sont déployées aujourd’hui sur des théâtres francophones. Le déficit de personnel francophone ou l’insuffisante maitrise du français par un certain nombre de personnel des opérations entrave de fait le bon déroulement des opérations, voire constitue un risque pour leur sécurité. Il ne facilite en tout cas pas le rapport et les relations de confiance avec les populations locales. La question des langues ne doit pas être un tabou. Dans le respect des règles de la charte et des règlements sur l’usage des langues officielles au sein du Secrétariat et dans les opérations, nous souhaitons qu’un effort soit fait. Le groupe francophone, dont j’ai l’honneur de présider, s’est rapproché d’ailleurs des autres groupes linguistiques pour bien montrer qu’il s’agit d’un problème général d’adaptation au terrain. Je voudrais à cet égard simplement mentionner que nous nous réjouissons de la participation du Secrétaire général adjoint au séminaire sur les OMP organisé il y a peu à Bamako par l’Organisation internationale de la Francophonie.

Nous sommes également favorables à une réflexion sur la mobilité, les réserves, et les incitations à fournir des moyens, dans la mesure où elles sont soutenables.


M. le Président, ma délégation se réjouit de l’accent qui est mis dans le document, et dans le principe même de la séance de ce jour, d’un dialogue avec les principaux contributeurs. C’est un point essentiel dans le système de responsabilités partagées des Nations unies.


Pour conclure, je souhaite réitérer nos encouragements au Secrétariat. Les différents aspects de la réflexion entreprise devront aboutir dans les enceintes compétentes, au C34, en 5ème commission, et naturellement au Conseil de sécurité.

Au sein de ce dernier, nous sommes déterminés à faire avancer les différentes propositions de notre initiative, dont un point d’étape sera effectué en août, sous la présidence du Conseil britannique. Nous espérons qu’un certain nombre d’orientations pourront être adoptées à cette occasion.

Je vous remercie.



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